MOOC : on parle d’argent !

MOOC : on parle d’argent !

 

Une interrogation nouvelle (une de plus…) émerge au sujet des MOOCs : s’il y a peu , il était politiquement incorrect d’envisager les Moocs autrement qu’en tant qu’action sociétale permettant  de donner à tous l’accès au savoir, le tabou de « l’argent » semble être tombé.

C’est en tout cas la conclusion à laquelle j’arrive après ma visite au salon Educatec – Educatice à Paris (du 20/11 au 22/11/2013).

Lors de 3 tables rondes où intervenaient les grands noms des Moocs « à la française », des représentants du ministère de l’enseignement supérieur et des grandes écoles,  ce thème a été abordé de manière récurrente. Je reprends ici la première conférence «  Moocs : nouveaux contextes d’apprentissages, nouvelles opportunités ». Précisons simplement que cette conférence très riche et intéressante abordait des thématiques beaucoup plus larges et variées. Je n’ai retenu ici que ce qui concerne « l’économie des Moocs », en m’efforçant de reprendre fidèlement les propos des intervenants.

Mooc on parle d'argent

En guise d’introduction, Gilbert AZOULAY, animateur de la table ronde rappelle que les MOOCs ont d’abord débuté aux Etats Unis où le coût des études est très élevé. Dans le pays de « l’American Dream », une éducation gratuite, ouverte à tous devait  rencontrer un succès important. De plus, les Universités disposent là-bas d’une culture entrepreneuriale et d’une force de frappe financière très différente de notre contexte universitaire français. Pourtant, personnellement, je rapproche cette première réflexion d’un article publié tout récemment par Challenge « Alerte rouge sur les grandes écoles » qui explique que les Moocs devraient impacter de manière importante le modèle économique de nos grandes écoles.  Le coût des études progresse très fortement, et de manière décorrélée de l’économie réelle et du marché de l’emploi, comme aux Etats Unis. Ces écoles de commerce disposent également d’une culture entrepreneuriale et de peut-être plus de  flexibilité que les Universités. Pourtant elles se lancent dans l’aventure avec un certain retard.

Revenons à notre conférence : Catherine MONGENET, Chargée de Mission FUN, nous présente alors les conditions du lancement de  la plateforme MOOC FUN, et mentionne qu’il s’agissait bien pour les Universités, à l’origine, d’une façon de mutualiser les moyens techniques et donc de limiter les coûts. Les codes sources de la plateforme EDX ayant été rendus publics, cette solution a été choisie à la fois pour son efficacité et son coût (open source = gratuit). Effectivement, héberger 25 MOOCs sur cette plateforme dès janvier 2014 contribue à réaliser des économies d’échelle importantes, tout en assurant la fiabilité technique. Elle offre aux Universités l’opportunité de « se concentrer sur leur coeur de métier » (et je cite ici l’expression de Mme Mongenet, elle même : un économiste n’aurait pas dit mieux…).

Rémi Bachelet, précurseur avec le Mooc « gestion de projet », aborde également, la question économique en précisant que le Mooc Gestion de Projet est gratuit  :

« Pour être ouvert : il faut que ce soit gratuit. » Rémi Bachelet

Il dit pourtant réfléchir à la question de la monétisation car, pour lui, un Mooc est « cher en matière grise ». Plusieurs personnes du Mooc « gestion de projet », se sont investies bénévolement dans cette aventure. Ce n’est bien sûr pas viable sur le long terme. S’il est important que la participation des apprenants au Mooc reste gratuite, dans sa version de base, plusieurs possibilités de monétisation « premium » sont envisagées : rendre payant la certification, le tutorat, une semaine de formation en plus, le téléchargement de certaines vidéos…

Un Mooc à quel prix ?

L’expert suivant , Yves Epelbon, évoque encore plus clairement la problématique économique des Moocs, et pose la question « Qui va payer un MOOC sachant que le coût moyen pour 8 semaine est de plus de 50 000 € ». Il nous explique avoir réalisé le calcul en intégrant le salaire des enseignants de l’université. Les universités américaines parlent de coûts allant jusqu’à 100 000$.

Mathieu Cisel intervient à sa manière (un peu provocatrice ?)  : « Si on ne paie pas les personnes, c’est  moins cher », faisant référence aux 4 personnes travaillant bénévolement sur le Mooc gestion de projet.  Il dit aussi que le coût peut être bien plus élevé si l’on veut Steven Spielberg comme chef de projet.  Et il conclut que si le Mooc est reconduit, le coût peut être divisé par 3, avec l’effet d’expérience (réutilisation des vidéos par exemple…), ce qui fait environ 15000€  soit 1€ par étudiant ! (pour 15 000 inscrits).

Frank PACARD, le Directeur général adjoint de l’Ecole Polytechnique, indique que le coût d’un MOOC va dépendre du salaire des enseignants impliqués, qui peut être différent entre les Grandes Ecoles et l’Université (il précise que le salaire des professeurs de Polytechnique est le même qu’à l’Université).

Ensuite, le temps passé est important pour le premier Mooc, les enseignants devant se former à des nouvelles méthodes d’enseignement. « Le prix diminuera par l’acquisition d’expérience ».

Il donne également deux moyens de rentabiliser ou tout au moins d’amortir le coût d’un Mooc (même s’il ne l’a pas dit aussi ouvertement) :

– « l’apprentissage des  technologies induites peut être réutilisé en interne »

– Il dit qu’il s’agit aussi d’une question d’image, permettant aux établissement de faire connaître leurs formations  à un public beaucoup plus large, sur la scène internationale.

Lors de la session de questions réponses, la question est clairement posée :

« Les Moocs sont-il un moyen de faire des économies ? »

Les intervenants sont unanimes sur le fait qu’à court terme, les Moocs sont coûteux : même s’il s’agissait de transférer le travail du professeur d’un type d’enseignement sur un autre, le nombre d’heures que les personnes y passe est à comptabiliser de la même manière.

Il faut également penser non seulement à l’enseignant mais aussi à toute l’équipe de conception et d’animation : animateurs de communauté, équipe technique, mise en page du site, assistants d’enseignement. L’équipe resserrée du Mooc de Gestion de Projet est de 8 personnes mais l’équipe large compte 20 personnes au total.

Y aura-t-il remplacement du présentiel par les MOOCs ?

Réponse donnée :  les MOOCs s’adressent à un autre public qui ne suit pas les cours à l’Université (salariés en activité par exemple). Ils ne remplaceront pas les cours en présentiels. Voila la conclusion politiquement correcte de cette conférence…

Mots clés : MOOC cout, MOOC financement

3 thoughts on “MOOC : on parle d’argent !

  1. Merci du résumé !

    le sujet est vraiment compliqué on n’a fait que l’effleurer pour rappel j’ai 3 contribs sur la questions

    3 contributions sur les aspects financiers 1/Quel est le prix d’un MOOC ? Est-il trop cher ? 2/Comment gagner de l’argent avec les MOOC : Notes on Monetizing MOOCs, et 3/Extraits commentés de la réflexion de Clay Shirky sur les MOOC et le mp3

    http://gestiondeprojet.pm/mes-contributions-sur-les-mooc/

    .. mais elles sont également loin d’épuiser la question. En fait il faudrait probablement partir de différentes définition de la rentabilité et les explorer une par une…

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