Inventaire des modes de financement des Mooc

Inventaire des modes de financement des Mooc

 

La question du financement des Mooc s’avère capitale pour le développement de cette nouvelle forme d’apprentissage. La majorité des écrits que l’on trouve à ce sujet concernent principalement les Etats Unis et plus précisément les plateformes Coursera, Edx, Udacity, dont les modèles économiques sont régulièrement analysés et commentés. Les articles francophones posent davantage de questions qu’ils ne donnent de réponses.Afficher l’article

Aussi, voilà un inventaire des modes de financement actuels et potentiels, tentant de répondre à la question :

« Qui peut / doit financer les Mooc ? »

financement des mooc

1 L’Etat

Par la mise en place de la plateforme FUN en un délai très court (3 mois environ) l’état français a impulsé une vraie volonté politique de rattraper son retard en la matière. De plus, un Mooc s’adresse à un public beaucoup plus large que simplement national, et la tendance est aux économies budgétaires. Alors, ira-t-il au-delà, en finançant certains Mooc ?

La Mission Numérique pour l’Enseignement Supérieur a participé au financement du Mooc C2I relatif aux compétences numériques des étudiants, ce qui entre bien dans le cœur de sa mission. Mais on peut douter de sa participation financière à d’autres Mooc (rien n’est mentionné dans ce sens, dans la « politique de soutien au développement du numérique »)

Les financements publics sont par ailleurs utilisés par des start-up, comme OpenClassrooms (ex-le Site du Zéro) dans le cadre des « investissements d’avenir », ici, pour développer une plateforme d’édition collaborative dédiée à l’enseignement, le projet CLAIRE (il ne s’agit donc pas de financer directement un MOOC).

2 L’Université ou l’établissement d’enseignement supérieur

C’est l’option qui semble privilégiée aujourd’hui, notamment aux Etats-Unis. Pourtant, en France, les enseignants pointent du doigt le calcul des heures affectées au Mooc, qui est très loin du compte du nombre d’heures réellement consacrées par l’enseignant. Il s’en suit que l’enseignant réalise tout ou partie de son travail sur le Mooc de manière bénévole.

Le retour sur investissement pour l’établissement peut être envisagé à plusieurs niveaux :

  •  Image de marque/communication permettant de toucher un large public international, et de prouver la valeur de l’enseignement de manière plus crédible qu’une campagne de communication classique (« budget publicitaire » de l’établissement).
  •  Elargissement du public : attirer de nouveaux étudiants en formation initiale ou continue. Il faut ensuite parvenir à « convertir » les personnes qui se forment par Mooc, en « clients » de formations payantes, ce qui pourrait être le cas, si la certification du Mooc apporte des « crédits », qu’il est possible de transformer en « diplôme » par une formation complémentaire.

Ces deux intérêts ont bien été compris par une grande école comme l’EDHEC, qui considère le MOOC comme un produit d’appel pour les grandes écoles : « le MOOC est un produit qui défend la marque de votre institution » dit Bernard Curzi, responsable e-learning de l’EDHEC. L’ESCP de son côté confirme le fait que les MOOC ne déliveront pas de diplômes, mais que l’on peut imaginer que les « points » obtenus aux tests des MOOC permettent l’accès ensuite à certaines formations diplômantes.

3 Le financement « solidaire »

au travers du bénévolat, de fondations, crowdfunding, d’appel aux dons…

Le MOOC Gestion de Projet, de l’Ecole Centrale de Lille, a été lancé grâce au crowdsourcing : « la capacité à travailler de manière collaborative et décentralisée », grâce à plusieurs bénévoles, que ce soit pour la première édition, et pour la seconde. Pour Mathieu Cisel, ce fonctionnement n’est pas « uniquement par faute de moyens » : « c’est aussi une question de rapidité et de flexibilité » pour mobiliser les compétences au moment nécessaire.

Le Crowdfunding, consistant à lever des fonds auprès de multiples personnes ou  sources de financement est aussi d’actualité pour le MOOC ABC Gestion de Projet, qui a levé plusieurs milliers d’euros grace à la plateforme Indiegogo, lors du Gdp 4 et 5.

4 L’apprenant

Car l’« apprenant  type d’un Mooc », est plutôt une personne d’une trentaine d’année, habitant un pays développé (Etats-Unis en tête), ayant une activité professionnelle et disposant d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Cette population ne correspond pas forcément à celle ciblée initialement par les MOOC : leur philosophie est de proposer une formation gratuite de qualité à tous, y compris à ceux qui n’y ont pas accès (pays en développement notamment). Ainsi la majorité des apprenants des MOOC sont-ils bien « solvables » aujourd’hui.

Plusieurs Mooc s’intéressent au modèle économique « freemium » : le Mooc est gratuit pour tous, mais certains services complémentaires sont payants, comme le tutorat, la certification, des vidéos ou semaines de formation supplémentaires, e-books ou logiciels… Cette source de financement est particulièrement difficile à aborder : l’ouverture à tous est reliée à l’appellation « Mooc » or, ceci sous-entend la gratuité. Il y a d’ores et déjà un taux d’abandon important. Qu’en est-il avec des certifications payantes ?

Le développement de ce modèle économique est soumis à 2 conditions :

  1. une reconnaissance officielle (crédits ou diplôme) et/ou la reconnaissance par les entreprises des certifications des Mooc,
  2. et le développement d’un véritable « marketing de l’apprenant » permettant de proposer un « produit » MOOC adapté aux besoins de ces « consommateurs », et pour lequel ils seront prêts à « payer ».

C’est l’orientation marketing dont parle Nicolas Hernandez de 360Learning (plateforme d’hébergement de MOOC d’entreprises) : comme le font les sites de e-commerce, il conviendrait de proposer 2 versions d’un Mooc, pour pouvoir réaliser des A/B tests (comparaison pour définir la version la plus efficace), et utiliser des outils simples pour que le Mooc devienne adaptable et flexible, pour coller aux besoins des apprenants.

5 la publicité

Le modèle publicitaire est très souvent utilisé sur internet pour financer les services gratuits : de Google à Facebook, nous y sommes confrontés au quotidien, et finalement habitués. Il en est de même pour les apprenants des Mooc. Si les Universités semblent réticentes à utiliser ce mode de financement, il n’en est pas de même des acteurs privés entrant sur le marché des Mooc. Digischool a notamment annoncé le lancement de « MOOCStarter » : le thème des Mooc sera plébiscité par les internautes via un vote de leur part, puis le mooc sera financé grâce à un modèle publicitaire. Reste à mesurer l’effet sur l’apprentissage de cette « source de distraction » qu’est la publicité. Et mentionnons également les difficultés rencontrées par Facebook : depuis qu’il propose des publicités ciblées aux internautes, les interactions sur les pages des marques ont sensiblement diminué. Les internautes sont sur Facebook pour des motivations avant tout sociales, et ils adhèrent peu au modèle publicitaire proposé. En sera-t-il de même pour les MOOC ?

6 Les budgets de la formation continue

La toute récente réforme de la formation professionnelle conduit à une diminution importante du minimum légal de budget de formation continue  (1% contre 1.6% de la masse salariale, pour les grandes entreprises) même s’il est à noter que les grandes entreprises dépassaient souvent ce minimum légal (2.7% de la masse salariale en moyenne). Pourtant, les Mooc sont actuellement étudiés par les DRH comme alternative intéressante, notamment dans ce contexte de réduction des dépenses. C’est sur ce marché que se positionnent des start-ups comme CoorpAcademy ou 360 Learning.

Certaines entreprises développent déjà leurs propres Mooc, comme Google avec l »Analytics Academy » permettant d’apprendre l’usage de Google Analytics (statistiques de fréquentation des sites web). On peut envisager un partenariat entre l’entreprise souhaitant former ses salariés, et l’établissement universitaire proposant le Mooc, avec la constitution d’un groupe d’apprenants spécifique, de tutorat et d’évaluation adaptés aux besoins de l’entreprise, tout en s’inscrivant dans le contexte plus large d’un Mooc, ouvert à tous. Jeremy Sisic de Unow confirme miser sur la « vente de Mooc à des professionnels », réservant la gratuité aux particuliers, mais faisant payer une licence pour un usage professionnel. La réforme de la formation continue prévoit également une part plus large des financements accordés pour former les demandeurs d’emploi. Dans cette optique également, les Mooc pourraient intervenir, avec un tutorat particulier, ou un « parcours de reclassement » proposé aux demandeurs d’emploi…

Dans le même ordre d’idée, les Mooc peuvent intervenir dans la sélection de candidats pour un recruteur : repérage de certains profils, notamment pour les métiers du numérique où le nombre de personnes formées est inférieur aux besoins du marché. Pour le cours d’intelligence artificielle de Standford, les meilleurs candidats ont été sélectionnés pour un entretien chez Google. Udacity a annoncé le lancement d’un Mooc sur le « Big Data », domaine où les entreprises peinent à recruter (un manque estimé par Udacity à 190 000 experts, aux Etats Unis), en partenariat avec des acteurs majeurs de ce secteur et notamment Facebook.

7 Les investisseurs en capital-risque

Si les levées de fond réalisées par les plateformes américaines sont impressionnantes (65 millions de dollars pour Coursera), elles peinent pour l’instant à générer du chiffre d’affaires (1 million de C.A. au 1ier semestre 2013). Néanmoins, la course à la taille s’avère vitale, pour les intervenants privés du marché des Mooc : c’est grâce à une audience massive qu’ils pourront prétendre à monétiser leurs services (publicité, fichiers, services premium…). Il faut rappeler que les plateformes américaines sont issues du monde universitaire, alors qu’en France, la culture entrepreneuriale des universités n’est pas aussi développée. Les acteurs privés viennent plutôt du monde de l’internet ou de celui du e-learning,  avec une culture « webmarketing » qui devrait leur permettre de se créer une place de choix face aux Mooc des universités. OpenClassrooms(ex Site du zéro) a levé 1.2 million d’euros récemment, afin de financer son développement.

8 Les économies d’échelle et l’industrialisation de la conception des MOOC

Il est aussi possible de prendre la question du financement « à l’envers » : combien coûte une formation présentielle, par apprenant ? Bien plus qu’une formation en Mooc.

Certains établissements scolaires, ne cachent pas le fait que les Mooc pourront ou peuvent déjà faire partie du parcours de formation des étudiants « traditionnels ». C’est  le cas pour les MOOC « Economie du Web », « Gestion de Projet » par exemple. Et une grande école comme l’ESCP est elle aussi dans cette stratégie : « les cours fondamentaux seront délivrés via des outils modernes… comme les MOOC » pour permettre aux enseignants de se consacrer davantage aux cours à valeur ajoutée et à la recherche.

Il s’en suit des  économies d’échelle importantes. Aussi, le Mooc peut-il être une nouvelle modalité d’apprentissage, et il est probable qu’une partie des cours en présentiel passeront progressivement en Mooc, en formation tutorée à distance, en blended learning… en réutilisant les supports conçus pour les Mooc.

Ceci aura bien sûr un impact important sur l’apprentissage des étudiants en formation initiale, sur le corps enseignant, et sur l’organisation de l’établissement. Jusqu’où peut-on aller, notamment pour les grandes écoles qui proposeront une formation couteuse, mais utilisant des cours « gratuits » pour les autres publics ?

En parallèle, la réflexion s’engage sur « l’industrialisation de la production » de Mooc afin d’en diminuer le « coût de revient ». Il s’agit de réfléchir en amont à comment organiser les vidéos, supports etc… pour pouvoir les réutiliser en tout ou partie, dans les différents formats de formation et également de réfléchir à la construction des formations présentielles, afin de pouvoir plus facilement les « transposer » en format à distance ou en formation mixte. Voilà probablement une piste de travail pour les ingénieurs pédagogiques.

Sources :  

O. ESPOSITO, Mooc : un énorme business… encore à inventer, La Tribune, 28/10/2013

M. CISEL, La conception crowdsourcée du MOOC Gestion de Projet, Educpro, 8/10/13

M. CISEL, Qui doit financer les Mooc ?, Educpro, 15/05/2013

S. DELPEYROUX, MOOC : on parle d’argent, La prof du net, 21/12/2013

P. BERTOU , UNE ARME DE FORMATION MASSIVE : LE MOOC D’ENTREPRISE, 19/03/2013

J. SWOPE, How MOOCs Can Be Free and Profitable at the Same Time – A look at the economics of MOOCs, EDTECH, Focus on Higher Education, 16/12/13

S. THRUN, Launching our Data Science & Big Data Track built with Leading Industry Partners, Udacity, 14/11/2013

La Politique de Soutien au Développement du numérique, Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche

Y.BOUIHY, MOOC et Crouwdfunding : au service de l’éducation, Blog EdukLab, 19/12/2013

N. HERNANDEZ, Le M de MOOC #3 Marketing et A/B Tests, 360 Learning

Pub vidéo, Facebook va t-il trop loin ? Cometik, 07/05/2013

N. JAIMES, LES RÉSERVES D’AUDIENCE DE FACEBOOK DANS LE MONDE, Des difficultés à monétiser cette formidable audience, Journal du net, 31/08/2012

G. AZOULAY, Grace aux Mooc les enseignants pourront enfin se consacrer à leurs recherches !, EducPros, 09/201

E. BELLENGER, INTERVIEW DE BERNARD CURZI (EDHEC) : « LE MOOC EST UN PRODUIT D’APPEL POUR LES GRANDES ÉCOLES », Aptilink, 3/12/2013

N. SAMSON, Formation professionnelle : l’accord en 7 points clés, LEntreprise.com, 19/12/2013

CROCHET-DAMAIS, Google ouvre son Analytics Academy pour former à Google Analytics, Journal du Net, 03/10/2013

Digiscool lance moocStarter, un service de création de MOOC à la demande, Educadis.fr, 16/12/2013

Le site du Zéro, pionnier des MOOC en France devient OpenClassrooms, Communiqué de presse du 5/09/2013

Infographie The Money in MOOCs

Patrick Arnoux, Edouard Husson, ESCP Europe : «Personne ne sait comment gagner de l’argent sur les MOOC », Le Nouvel Economiste, 4/11/2013

Steve Kolowich,MOOCs are reaching only privileged learners, survey finds 20/11/13

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