Economie des MOOC : le point de vue de Sylvain Vacaresse, Université de Rennes 1

Economie des MOOC : le point de vue de Sylvain Vacaresse, Université de Rennes 1

Cet après-midi, j’ai assisté à la conférence de rentrée de Master MFEG  «  ingénieur de la e-formation », Université de Rennes 1.

Le responsable de ce Master,  Sylvain Vacaresse, a traité du thème :

MOOC : Enfer ou Paradis

Au-delà du clivage entre les Pro-MOOC, ceux qui pensent que les MOOC « vont changer le monde » par l’accès ouvert à des formations gratuites et de qualité, et les détracteurs parfois très virulents qui avancent que « l’on détruit le système éducatif sur une chimère » ou on « Mc Donaldise » la formation , Sylvain Vacaresse s’est intéressé, lors de cette conférence, à l’innovation qu’apporte les MOOC : en quoi sont-ils vraiment différents du e-learning ?

MOOC enfer ou paradis

Quelle rupture les MOOC représentent-ils ?

En reprenant l’acronyme MOOC, il identifie que la rupture vient du M de Massive et du O de Open, car pour ce qui est du O et du C des « Online Courses », le e-learning savait déjà faire…

Or, trois changements majeurs sont induits par le M de Massif : Economique, Pédagogique et Technique.

Je ne  reprendrai ici que les aspects économiques de cette conférence…

Sylvain Vacaresse nous dit que les MOOC bousculent les modèles économiques à la fois au niveau micro-économique et macro-économique.

Les MOOC, vue micro-économique : l’économie des dispositifs de formation.

Les formations en présentiel  génèrent des frais fixes liés à l’utilisation de l’infrastructure (les locaux, matériels…) et des coûts d’exploitation qui sont en partie proportionnels au nombre d’étudiants. Plus ils sont nombreux, plus il y a d’heures de cours (NB : dédoublements, heures de TD en plus des cours en amphi…) et donc plus d’heures « enseignants ».

Le E-learning demande quant à lui de gros investissements au départ (coûts fixes), mais peu voir pas de coûts d’exploitation (uniquement le coût lié au tutorat par exemple). La structure de coûts des MOOC s’apparente donc à celle du e-learning.

Les Moocs sont Massifs, car Ouverts : aucune sélection n’est nécessaire, puisqu’un MOOC est essentiellement constitué des coûts fixes : les coûts de conception sont indépendants du nombre de participants. Les participants supplémentaires ne générant pas de coûts marginaux additionnels, il est possible d’accueillir toutes les personnes souhaitant s’inscrire. (NB encore faut-il que les coûts fixes soient couverts par les financements correspondants)

Pour financer les coûts fixes, Sylvain Vacaresse mentionne un certain nombre de « modèle de revenu » des MOOC :

  • cours totalement gratuits sans revenu
  • cours payant pour l’apprenant  (de type Labstore). Ainsi par exemple,  Udemy  propose une offre gratuite et payante en fonction du souhait du concepteur de MOOC. Si l’apprenant paye, Udemy conserve une partie des recettes.
  • Cours gratuits mais certifications payantes
  • MOOC gratuit « sous condition d’inscription » comme un Mooc Facebook qui, si la personne est inscrite sur Facebook est gratuit, les revenus étant généré par la publicité.

Je complète ces propos en mentionnant d’autres sources de financement, que vous trouverez listées et analysées dans mon article «  l’inventaire des modes de financement des MOOC ».

Revenons à notre conférence…

Ces modèles de revenus ne fonctionnent qu’avec une approche « Massive » : une audience large qui pourra « payer » ou être monétisée. Ce qui est vraiment nouveau dans cette approche, est  le fait que les modèles économiques ne sont plus ceux de la formation, mais plutôt les modèles de l’économie de l’internet, de la vente de services en ligne. Sylvain Vacaresse insiste pour dire que ceci est une véritable rupture : le Elearning était davantage vendu comme les livres ou manuels ou comme de la formation. Ce n’est pas le cas des MOOC.

Les MOOC, vue macro-économique : la problématique de l’économie de la connaissance

L’enjeu est de taille pour tous les états, qui font face à une problématique de formation dans l’économie de la connaissance : pour rester économiquement compétitif sur la scène internationale, il est nécessaire de monter le niveau de connaissance de la population. Les Etats-Unis, menacés actuellement à la fois sur leur leadership militaire, et économique, ont identifié une autre voie : l’éducation. C’est ce qu’a mis en avant Hillary Clinton dans un récent discours.

Or, comment former massivement, en continu, compte tenu de la vitesse d’évolution des compétences nécessaires ?

L’éducation massive, au début de la vie, en France depuis Jules Ferry, nous savons le faire.  Bien sûr cette formation initiale est perfectible, mais elle existe de manière gratuite pour tous. La difficulté vient ensuite pour suivre les évolutions technologiques, tout au long de la vie. Les  entreprises font face au problème non seulement pour former leurs salariés, mais aussi pour former leurs clients, avec l’exemple de Google, qui, s’il souhaite que ses produits soient utilisés se doit de former ses clients. (NB d’où le MOOC « Analytics Academy »)

Les enjeux macroéconomiques sont aussi pour les établissements, notamment pour conserver ou améliorer leur positionnement dans le classement de Shanghai. « Comment rester à un très haut niveau si on n’a pas X millions d’étudiants ?», dit Sylvain VACARESSE. Personnellement, je trouve que ceci est également très nouveau, puisque traditionnellement, sont dans le haut du classement des formations dites « élitistes » et donc réservées aux « happy few ».

Donc, la logique des MOOC est bien une logique de rupture : on peut désormais faire des études à Harvard de chez soi…

Enfin, il faut mentionner l’enjeu de la notoriété à la fois pour la formation mais aussi pour le formateur. C’est peut-être une manière d’embarquer les formateurs vers ce type de formation numérique nous dit l’intervenant.

Lors de la session de questions/réponses, la thématique économique est de nouveau abordée.

De ses discussions avec les responsables de plateformes aux Etats-Unis et des concepteurs de MOOC, Sylvain Vacaresse déduit que le caractère « ouvert » du MOOC, n’est pas seulement lié à la gratuité. Le caractère « ouvert » vient du fait que chacun peut suivre la formation, quelque soit  son niveau d’étude antérieur, son pays d’origine… Il n’y a pas de sélection. Pour lui, la gratuité complète n’est pas possible à terme, surtout, s’il y a un suivi, un tutorat proposé à l’apprenant (il a d’ailleurs développé l’intérêt du tutorat, dans le volet « pédagogique » de la conférence). Le tutorat générant des coûts marginaux, ceux-ci doivent être couverts par un juste prix.

Enfin, à ma question « les MOOC permetteront-ils de gagner de l’argent ?», le conférencier me répond « OUI » probablement. Il reprend l’exemple du marché du jeu vidéo, pour expliquer qu’au départ, les jeux en ligne étaient vendus à des prix comparables aux jeux sur support CD/DVD, et que ceci n’a pas marché (NB, un peu comme si une formation en ligne de Harvard était proposée au même tarif qu’en présentiel …). Les jeux sont devenus plus petits, (NB comme les modules MOOC de quelques semaines) avec des tarifs bas, permettant l’accès à des milliers de personnes, le nombre créant la rentabilité. Et il conclut en disant que si la formation dispensée est de qualité, qu’elle correspond à un besoin de compétence de l’apprenant, celui-ci sera prêt à payer, et qu’un modèle économique « rentable » devrait pouvoir voir le jour.

 Synthèse et analyse de la conférence proposée par Stéphanie DELPEYROUX

Mots clés : economie des Mooc, Master MFEG, Sylvain Vacaresse, laprofdunet.com

One thought on “Economie des MOOC : le point de vue de Sylvain Vacaresse, Université de Rennes 1

  1. Merci Stephanie pour cette analyse très intéressante. J’ajouterais qu le MOOC implique également une rupture quant à la qualité des enseignements, notamment à l’Université. Les enseignants en fac vont voir leur cours sortir du huis-clos des amphis et soumis au jugement de milliers d’étudiants, tant sur le fond que sur la forme. Ce qui implique que le prof devra acquérir un savoir-faire pédagogique ad hoc.
    Pascal, Formateur en Management de la Créativité

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