Cibler l’apprenant au cœur du MOOC

A qui la formation s’adresse-t-elle ?

Cette question essentielle devrait se poser préalablement à l’élaboration de toute formation… En principe…

Pourtant, la logique des MOOCs est visiblement un peu différente…  Il est vrai qu’il est difficile de  prendre en compte la variété des personnes souhaitant suivre un MOOC, lorsque celui-ci regroupe plusieurs milliers d’apprenants. Mais combien en reste-t-il à la fin ?

Un ciblage plus pertinent permettrait-il de meilleurs résultats ?

C’est l’évolution probable des Moocs, quand l’offre sera plus abondante. Les apprenants se répartiront sur les différentes formations qui cibleront mieux leurs attentes. Il faudra alors les séduire… surtout si l’objectif est de monétiser ces formations.

 

Prenons 3 exemples de MOOCs en cours :

–          « Foundations of Virtual Instruction », sur Coursera, University of California

–          « Understanding Media by Understanding Google », sur Coursera, Northwestern University

–          « Digital Litteracies II », sur Canvas, San Diego State University

 

« Foundations of Virtual Instruction »

Comme son nom l’indique “Foundations”, il s’agit d’une formation de base, s’adressant à des personnes n’ayant jamais pratiqué la pédagogie digitale. Dans cette catégorie, on peut retrouver :

–          des enseignants ou formateurs chevronnés, mais utilisant les méthodes d’enseignement traditionnelles,

–          des étudiants se destinant à être professeur mais n’ayant jamais enseignés.

Comme il s’agit d’un Mooc, il y a fort à parier que ce sera plutôt un public d’enseignants, souhaitant s’initier à la pédagogie numérique, que d’étudiants en formation initiale. Un petit tour sur les forums, en cours de formation, nous le confirme.

Or, le contenu et la pédagogie mis en oeuvre n’ont pas été adaptés à un public de formateurs, probablement plus exigeants car plus expérimentés en pédagogie. La qualité des vidéos notamment est pointée du doigt dans les forums, ainsi que la pauvreté des ressources à lire, pour ce public qui a acquis son savoir dans les livres. Certains échanges critiquent ouvertement la pédagogie de l’enseignante, qui leur apparait peu professionnelle (lecture mot à mot des powerpoints, chien en arrière plan des vidéos très mignon mais très distrayant, ton et rythme du discours qui invite à cliquer sur « avance rapide »).

Se « mettre en scène » sur un MOOC revet un caractère risqué pour l’enseignant, car les avis vont bon train sur les forums… Ici, l’équipe du MOOC  s’est clairement trompé de cible et a sous-estimé le niveau d’expertise et d’exigence des apprenants.

 

« Understanding Media by Understanding Google »

Le Mooc « Understanding Media by Understanding Google » n’a pas forcément de cible privilégiée : qui s’intéresse à Google et aux medias ? Des journalistes, des auteurs, des professionnels du web, ou du e-commerce, des enseignants, des sociologues, des juristes…

Pas une cible, mais des cibles, qui viendront « butiner » dans les multiples ressources proposées. Chacun y trouvera ce qu’il vient y chercher. Ce Mooc va  vers plus de « transversalité » au risque de perdre en clarté.  On a parfois le sentiment d’être perdu au milieu d’une masse informe d’information…

–          Plusieurs milliers de posts sur les forums,

–          7 ouvrages à lire,

–          des articles académiques ou journalistiques de plusieurs milliers de mots chacun,

–          des vidéos, entrecoupées avec encore de la lecture…

–          Et finalement, les travaux de nos pairs qu’il faut noter.

Voilà énormément d’information.

Ce Moocs a été testé préalablement sur un public limité afin d’ajuster les paramètres dont le temps nécessaire. Effectivement, il est possible de suivre ce Mooc en 5 à 6 heures par semaine (avec un bon niveau d’anglais). Le format est bien adapté, notamment les travaux : 1 quizz de 5 ou 10 questions, et un exposé de 300 à 450 mots maximum, sur une question bien précise, noté ensuite par 5 pairs la semaine suivante.

Ici le Mooc est davantage destiné à l’acquisition d’un savoir, que de savoir-faire.

Il est intéressant de s’y laisser prendre pour qui est un peu curieux du monde numérique, mais qu’aurons-nous retenu à la fin ? Des généralités, comme le fait que YouTube peut influencer les opinions politiques par ses suggestions, ou que Google analyse nos faits et gestes sur internet, pour deviner ce que l’on cherche avant que nous même ne le sachions nous-même… Intéressant, et même passionnant parfois, mais ces savoirs ne sont pas formalisés, ni structurés, et peuvent manquer de profondeur (dans les travaux que j’ai eu à noter). Il en restera une culture générale du Web, mais pas de vraie compétence.

 

 

« Digital Litteracies II »

Le Mooc « Digital Litteracies II » a, quant à lui, à la fois une cible déterminée (les enseignants de Californie, et d’ailleurs, mais surtout de Californie…) et des objectifs pédagogiques très clairs : intégrer  un maximum d’outils numériques en pédagogie. Clair, cadré ! Et efficace ?

Oui, dans le sens où il est obligatoire pour chacun de passer par toutes les pages de la formation pour accéder à la suite. C’est un mode d’enseignement progressif et linéaire, très différent du Mooc précédent qui partait dans toutes les directions. Il en résulte un sentiment de clarté pour l’apprenant, la structure étant véritablement (omni)-présente. Les ressources rédigées alternent avec les vidéos et les tutoriels, les pages d’apprentissage alternent avec les travaux à réaliser. Ce sont des experts en pédagogie qui ont conçu la formation et cela se sent vraiment.

Les travaux ne sont pas corrigés par les pairs, mais par l’équipe pédagogique elle-même (les lisent-ils vraiment ? J’ai obtenu le maximum de points pour tous les travaux rendus…). Il semblerait que 100 à 200 personnes seulement suivent cette formation soit une cible bien identifiée, claire, et relativement  étroite…. Serait-on ici sur une approche « segmenté » du MOOC ?

Un seul bémol, tout de même de taille : la quantité de travaux demandés par semaine, qui  dépasse très largement les 5 à 6 heures annoncées.

En une semaine, il faut par exemple :

–          Rédiger un commentaire de 150 à 500 mots sur un thème à étudier et répondre aux commentaires des autres étudiants.

–          Comparer deux outils numériques utilisables en formation sous forme de graphique, en utilisant un troisième outil technique (nous ne sommes pas sensés connaître aucun des 3 outils préalablement)

–          Créer un tutoriel vidéo destiné à nos élèves, permettant l’apprentissage d’un d’outil multimédia (que l’on vient de découvrir à la page précédente) + un guide rédigé sous Word pour les y aider.

–          Et bien entendu lire et visionner les ressources.

C’est probablement réalisable pour une personne qui dispose de temps et d’une certaine affinité avec le numérique (Il s’agit d’un niveau 2). Pour ma part, je doute de la faisabilité de tous ces « assignements » en une semaine normale de travail. Quand on considère déjà le temps nécessaire à l’installation d’un outil de capture d’écran, à tester et régler les paramètres de son, puis à tourner et  monter la video… Personnellement, je pense qu’il faut une quinzaine d’heures pour réaliser ce travail correctement, lorsque l’on débute.

 

Alors que faut-il retenir de tout cela ?

Pour qu’un Mooc soit efficace, il faudrait :

1 : Mener une vraie démarche de définition de la cible : savoir à qui l’on va s’adresser, précisément.

Connaître :

  1. les attentes
  2. les connaissances de départ
  3. les motivations
  4. les objectifs

Mieux vaut 500 apprenants motivés au début et 300 à la fin que 10 000 au début et 50 à la fin…

 

2 : Adapter les ressources  à la cible avec un juste équilibre :

–          Guider suffisamment et structurer l’accès aux informations pour éviter de perdre l’apprenant.

–          Permettre à chacun d’aller butiner les informations qui l’intéressent, approfondir certaines questions, notamment par des ressources additionnelles.

–          Sélectionner des ressources vidéo et écrites de qualité suffisante et correspondant au niveau d’expertise de la cible.

 

3 : Respecter le temps disponible de l’apprenant :

–          Sélectionner et/ou synthétiser les ressources, pour permettre d’aller droit au but dans l’apprentissage (et proposer des ressources additionnelles, pour ceux qui souhaitent approfondir)

–          Limiter les travaux à un ou deux par semaine

–          Tester préalablement le Mooc pour ajuster les travaux au temps  disponible

4 commentaires

  1. Stéphanie DELPEYROUX

    Je remercie également Pierre Tcherkawski d’avoir repris cet article dans « sa brève » sur le site de la communauté des ingénieurs de formation.

     

  2. J’aime beaucoup l’approche sur la question des MOOC, le constat quant à la formation du cours « Foundation of virtual education » que je suis en train de suivre pour initiallement y apprendre du nouveau sur le concept et surtout la pédagogie, mais cette raison a changé en cours de route, plutôt en tant que sociologue et passionné du genre humain, j’observe le comportement des participants face à un cours disons-le très mauvais.

    Pour les deux autres MOOC c’est pareil, du moins pour moi.

    Dans tout cela la question posée est en elle même sa propre réponse.

    Que ce soit des xMOOC, des cMOOC, cela n’a pas vraiment d’importance, ce qui manque dans ces MOOC peut s’établir en deux points:

    – Penser MOOC autrement qu’une classe conventionnelle et traditionnelle (cela ne sera possible que par la venue de personnes qui sauront penser MOOC, penser « culture du savoir » et non remplir un conteneur (le cerveau) d’informations

    – Le second point: la pédagogie, la vraie, celle qui met au coeur de toute solution l’apprenant. Je travaille en conception pédagogique pour la formation virtuelle et en classe, je reconnais que certains de mes collègues ne voient leur approche pédagogique que par les technologies en considérant que les participants vont embarquer! Pas si évident!

    Le sujet est d’actualité, il le sera encore pour longtemps, car MOOC ou pas MOOC, l’enseignement est sur une lancée de changements importants.

    Il est temps d’avoir un regard nouveau sur la question et comme on dit chez moi ici au Canada « Penser hors de la boite » (Think out of the box)

    L’enseignement ne sera plus un acquis figé dans le temps mais une formation continue qui s’adapte aux exigences du moment que l’on vit et non plus sur des acquis une fois dans notre vie…

    Michel J. Boustani

  3. Bonjour,

    Votre article est intéressant car il propose un autre regard sur les MOOC’s que peu de gens posent, ou veulent poser.
    De formation et de culture management des entreprises, je rencontre assez peu de pédagogues qui prennent en considération la dimension marketing de l’éducation. C’est encore moins le cas pour les MOOC’s dont certains ne jurent que par la gratuité, refusant de poser la question du modèle économique.
    Sans les citer vous faites cependant une comparaison entre les xMOOC et les cMOOC. Et si je comprends bien, vous avez plus adhéré au premier, plus structuré et « traditionnel » dans son approche. Peut-être le poids de votre propre expérience étudiante, ou votre sensibilité personnelle ?
    Je fais actuellement ma propre expérience d’un cMOOC avec ITYPA 2. Je veux comprendre, ce qui marche ou pas, ce que l’on apprend ou pas,etc… Pourquoi ne pas rejoindre le petit millier de participants ?

    Sinon j’ai lu que vous envisagiez le Master de Rennes. Bonne idée. Je l’ai fait pour valider certaines connaissances et m’ouvrir à d’autres (sujets et personnes). Une bonne expérience car le public est très varié. Tjs une question de public cible me direz vous ? Mais je crois à la diversité des points de vues pour construire la connaissance, et les choses en général.
    Jean-Luc Peuvrier

    • Stéphanie DELPEYROUX

      Merci Jean-Luc pour ce retour.

      J’ai suivi votre conseil et me suis effectivement inscrite à ITyPA2. L’approche est très différente des 3 Moocs pris en exemple dans l’article. (qui sont tous les 3 des xMOOC, même si celui sur Google est assez ouvert).

       

      Le cMooc ITyPA2 est complètement ouvert et requiert une autonomie très importante de l’apprenant et donc beaucoup de motivation. Ceci dit, le sujet est très intéressant.

      A bientôt sur les forums d’ITyPA2…

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